L’amphithéâtre de Saintes n’est pas seulement un monument historique exceptionnel ; il est aussi un véritable écrin de verdure et de quiétude, un havre de paix pour la biodiversité, niché à deux pas de l’hypercentre. Cette nature, préservée depuis des siècles, a pris une dimension nouvelle et cruciale avec le récent chantier de restauration.
L'Amphithéâtre : Un Refuge Naturel Remarquable
La construction même de l’amphithéâtre par les Romains a favorisé l’implantation d’espèces animales qui trouvent refuge dans ses anfractuosités de pierres.
Des reptiles comme le lézard des murailles ou le lézard vert y prospèrent.
Le site et le Vallon des Arènes sont devenus un lieu de prédilection pour une faune variée (hirondelles, écureuils…) et une flore riche, incluant plus d’une centaine d’espèces végétales comme de superbes orchidées sauvages (Orchis Bouc, Homme-pendu, pyramidal, abeille).
Ces espèces cohabitent paisiblement avec le monument, formant un écosystème unique. Cependant, les travaux de restauration majeurs initiés en 2021 ont révélé la présence d’espèces protégées, exigeant la mise en place de mesures environnementales spécifiques et exemplaires.
"Éviter, Réduire, Compenser" : La Ligne Directrice du Chantier
Avant même le lancement du « chantier du siècle », le volet environnemental a été une priorité absolue. Suivant les recommandations de la Direction Régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement (DREAL), des écologues ont réalisé un repérage précis des espèces protégées impactées.
Cela a conduit à l’application rigoureuse de la « séquence ERC » (Éviter, Réduire, Compenser) :
- Éviter les interventions nuisibles aux espèces menacées.
- Réduire au maximum l’impact des travaux inévitables.
- Compenser en créant des conditions de remplacement favorables à la survie des espèces.
Cette approche est devenue une ligne directrice obligatoire, garantissant le respect de la biodiversité tout au long du chantier. Quatre espèces animales protégées, particulièrement concernées par les perturbations, ont fait l’objet de mesures spécifiques.
Zoom sur les Espèces Protégées et les Actions Mises en Place
L'Azuré du Serpolet
Ce charmant papillon bleu, strictement protégé, dépend de l’origan et d’une fourmi spécifique pour son cycle de vie.
Difficile à déplacer, des zones d’origan balisées ont été délimitées et interdites d’accès (printemps/été) pour protéger cette espèce fragile.
L'Alyte (ou Crapaud Accoucheur)
Ce petit batracien protégé a fait de l’arène un lieu de vie privilégié, se nichant dans les fissures et à proximité des points d’eau.
Le chantier des Arènes de Saintes a révélé qu’il abrite l’un des plus grands viviers d’Alytes en Europe !
Plus de 500 spécimens ont été capturés par des écologues et transférés vers des mares et pierriers artificiels spécialement créés autour du site. Des barrières géotextiles ont été installées pour empêcher leur retour, et l’observation de têtards confirme le succès de cette mesure.
Le Faucon Crécerelle
Ce rapace urbain, déjà observé survolant les Arènes, a fait une apparition inattendue en 2022 : un nid a été découvert dans un trou de la Porte des Vivants en période de reproduction.
Face à l’impossibilité de trouver une solution de compensation non impactante, le chantier sous cette porte a dû être interrompu pendant près de deux mois pour permettre l’éclosion et l’envol des jeunes.
Deux nichoirs ont depuis été installés dans le parc de l’amphithéâtre pour l’accueillir.
Les Chiroptères (Chauves-souris)
La Porte des Morts est un lieu d’hibernation privilégié pour les chauves-souris, attirées par les nombreuses cavités.
Pour les préserver, les trous des parois ont été rebouchés pour éviter l’hibernation directe dans la zone de travail, et des nichoirs dédiés ont été mis en place autour du site.
Les combles d’une maison attenante, propriété de la ville, ont également été aménagés pour les accueillir.
Une Gestion Durable pour un Écosystème Préservé
Ces mesures obligatoires, bien qu’ayant un impact sur le calendrier des travaux, sont indispensables et resteront en place au moins jusqu’à la fin de la phase 3 du chantier (fin 2026), et même au-delà pour les mesures compensatoires.
La préservation de la biodiversité est au cœur du plan de gestion des Arènes et de ses environs. Un parcours découverte environnemental vous invite à explorer le Vallon des Arènes et le Parc des Arènes, jalonné de panneaux informatifs sur la richesse naturelle des lieux.
Profitez-en pour découvrir les mares de compensation et les nombreux pierriers qui servent de refuges. Vous croiserez peut-être aussi des moutons en plein travail ! L’éco-pâturage, mis en place par la Ville de Saintes, permet à ces « tondeuses à quatre pattes » d’entretenir les espaces verts, y compris les travées de l’amphithéâtre, même dans les zones difficiles d’accès pour l’homme.
La gestion raisonnée de l’écosystème du quartier des Arènes prend en compte les besoins de la faune et la flore, avec des zones de tonte régulière, des zones de tonte raisonnée et des zones interdites pour protéger la végétation spécifique.
L’amphithéâtre de Saintes et son quartier sont un modèle de gestion respectueuse de l’environnement, où l’histoire antique et la nature contemporaine cohabitent harmonieusement.